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Un événement qui se joue des conventions

Si la nécessité est la mère de l’invention, Vicky Drouin et Véronique Allard, ont relevé tout un défi de créativité. Inspirées par l’émission Salut Bonjour, ces conseillères ont su réunir 378 intervenants autour du thème Soutenir autrement pour faire face à demain. Entièrement virtuel, l’événement représente un virage à 360 degrés des traditionnelles Journées de rencontres du réseau des Services adaptés.
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Du 18 au 20 mars 2026, les contraintes de temps ou d’argent freinant une large participation ont été levées. Les Centres collégiaux de soutien à l’intégration (CCSI) de l’Est (Cégep de Sainte-Foy) et de l’Ouest (Cégep du Vieux Montréal) ont fait équipe pour sortir des sentiers battus. Et 99 % des répondants à l’évaluation se sont dits enchantés de la formule inédite proposée.

Du mercredi au vendredi midi, le plateau d’animation s’est révélé un feu roulant à la manière de l’émission Salut Bonjour. Les participants ont eu accès à 20 conférences-ateliers, des clips de 180 secondes, des exposants en ligne et des kiosques virtuels, un espace collaboratif et un concours pour les équipes collèges. Même les pauses sociales étaient des occasions d’interactions en ligne.

Des journées réfléchies et conçues en fonction des besoins des Services adaptés dans l’écosystème collégial. Que ce soit lors de la transition secondaire-collégial des étudiants ayant des besoins particuliers ou en termes de pédagogie ou d’inclusion pour ces jeunes, ces intervenants interagissent transversalement au sein des établissements. Et leur zone d’influence est variable. Certains Services adaptés se rapportent à la Direction des études et d’autres à la Direction des affaires étudiantes. Les conseillers peuvent être orthopédagogues, professeurs de français ou conseillers d’orientation, il n’y a pas de formation spécifique pour être conseiller en services adaptés.

Partout au Québec et pour tous les collèges

« Nous faisons du service conseil auprès de tous les intervenants qui travaillent aux Services adaptés, donc auprès des étudiants en situation de handicap. » explique Vicky Drouin, conseillère réseau du CCSI pour l’Est. Véronique Allard joue le même rôle pour l’Ouest de la province.

Vicky Drouin, conseillère pédagogique en services adaptés, CCSI Est — Cégep de Sainte-Foy

Les mandats et le financement proviennent directement du ministère de l’Enseignement supérieur (MES). Selon l’angle de l’égalité des chances de réussite, les CCSI œuvrent auprès de tous les cégeps et de tous les collèges privés subventionnés, francophones et anglophones.

Le réseau se positionne comme un pôle d’expertise au sujet du soutien à la personne étudiante en situation de handicap.

« Comme nous soutenons toutes les régions, nous avons découpé le Québec en petits territoires dont les collèges sont attitrés à des conseillers » précise madame Drouin. « Nous y supportons la mise en place des mesures d’accommodement pour les étudiants, par exemple pour l’Épreuve uniforme de français. Nous sommes aussi mandataires des services spécialisés, comme l’interprétation pour les étudiants sourds-malentendants, la transcription en direct, le sous-titrage et même l’adaptation de médias substituts. »

En 2026, le réseau des CCSI compte 110 gestionnaires de Services adaptés, 100 employés de soutien administratif et 410 intervenants.

Le fossé entre l’instruction publique et l’enseignement supérieur

Au Québec, de l’entrée à la maternelle à la fin du secondaire ou jusqu’à leurs 16 ans, la Loi sur l’instruction publique s’applique pour les jeunes en situation de handicap. Donc, des mesures d’adaptation doivent être mises en place pour répondre aux besoins des jeunes sous l’égide du ministère de l’Éducation (ME). Et ce, même s’il n’est plus nécessaire d’avoir un diagnostic pour qu’un plan d’intervention réponde aux besoins.

Au collégial, c’est sur la base d’un diagnostic que des mesures sont mises en œuvre.

Au collégial, la donne change. Le MES exige un diagnostic pour que des mesures soient mises en place. « Ce passage secondaire-collégial n’est pas toujours fluide, ni tout à fait dans le large mandat des Services adaptés du collégial. » mentionne madame Drouin.

« Au collégial, l’étudiant doit démontrer une situation de handicap pour être accommodé. Autrement, il est dirigé vers les autres services offerts par son collège. Alors, ces jeunes qui arrivent du secondaire avec des mesures, un plan d'intervention et des outils technologiques, doivent présenter un diagnostic de leur handicap pour avoir accès aux services adaptés. »

Une situation complexe qui gagnerait à être clarifiée selon les deux conseillères. Sur la base de leur vécu collégial, les intervenants du réseau reconnaissent que ces étudiants ont encore besoin de mesures d’aide. Cette population voit donc l’étau se resserrer parce qu’au collégial, un diagnostic est nécessaire pour les obtenir. Les mesures ne sont pas obligatoires comme au secteur jeune. Poursuivre ses études à l’enseignement supérieur est considéré comme un choix. Alors, l’étudiant doit démontrer qu’il a une limitation significative et persistante qui nécessite des accompagnements pour obtenir du soutien.

Véronique Allard, conseillère pédagogique en services adaptés, CCSI Ouest — Cégep du Vieux Montréal

Madame Allard ajoute que « Sans diagnostic, il n’y a pas de financement relié à ces étudiants-là à l’enseignement supérieur. Comment répondre réellement aux besoins devant une augmentation cette clientèle qui peut aller jusqu’à 25 % dans certains établissements ? Alors qu’au secteur jeune des équipes multidimensionnelles font des plans d’intervention, comment veiller à la transition pour que ces jeunes aient accès à des mesures adéquates au collégial ? Des jeunes sans diagnostic, parfois anxieux, peu outillés, gênés ou qui ont connu des difficultés au secondaire. Les interventions du secteur jeune ont un impact au collégial. »

« Et tous les handicaps ne sont pas visibles. Les jeunes ayant un trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H), ou un trouble d’apprentissage ont émergé au collégial et sont toujours en montée. Depuis la pandémie, les troubles de santé mentale sont aussi à la hausse. » constate madame Drouin.

La Fédération des cégeps chiffrait à plus de 23 775 les étudiants en situation de handicap qui fréquentaient le cégep en 2024, soit dix-huit fois plus qu’en 2007, alors que le réseau collégial public en comptait seulement 1 303.

Savoir évoluer

En réinventant les Journées des services adaptés 2026, mesdames Drouin et Allard ont coordonné avec succès une manière de faire porteuse. Un modèle en phase avec la réalité et les ressources disponibles. De rencontres bisannuelles alternant entre Québec et Montréal, l’événement a évolué en modes synchrone et asynchrone pour migrer complètement en ligne en 2026.

Avec leurs équipes et la technologie, elles ont veillé à piquer la curiosité des intervenants des Services adaptés tout au long de l’année. Comme la formule était nouvelle, elles ont travaillé tous les angles de l’événement pour embarquer chaque collège. Dès la rentrée d’août 2025, elles ont amorcé les communications et, chaque mois, de petits défis organisationnels ont été lancés pour mettre tout le monde dans le coup.

L’équipe organisatrice a assuré. Elle s’est aussi faite rassurante pour que tous, conférenciers inclus, profitent des journées dans de bonnes conditions en ayant toutes les clés en main.

« Devant l’augmentation des étudiants en situation de handicap, même si les intervenants se donnent beaucoup, nos Services adaptés sont débordés. En les rassemblant virtuellement, nous voulions prendre soin d’eux tout en outillant les conseillers, les gestionnaires et les techniciens qui y transigent. De plus, en interagissant entre eux lors de ces journées, ils partagent des connaissances pour soutenir les jeunes avec des besoins particuliers qui s’en viennent. » conclut madame Drouin.

 





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