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L’accessibilité des études collégiales, «une promesse» à ne pas rompre
La Fédération des cégeps et sa p.-d.g., Marie Montpetit, s’inquiètent du manque de places dans certains programmes.

Zacharie Goudreault, Le Devoir
« On ne doit pas briser la promesse qu’on s’est faite » il y a près de 60 ans en créant le réseau collégial, soit de rendre les études supérieures accessibles à l’ensemble des jeunes du Québec, prévient la présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit.
Elle presse ainsi les différents partis politiques en lice, en prévision des prochaines élections provinciales, de s’engager à « défendre l’accessibilité aux 48 cégeps de la province », dans une liste de 10 propositions qui a été transmise à chacun d’entre eux dans les derniers mois. Une demande qui survient dans le contexte où plusieurs établissements doivent, par manque d’espace, refuser des étudiants dans divers programmes, même s’ils répondent à tous les critères pour accéder à ceux-ci.
« On est très vigilant sur cette question-là, de l’accessibilité, parce qu’on sait que c’est un facteur de réussite d’avoir accès au programme que tu souhaites dans le cégep que tu souhaites, à proximité », relève Mme Montpetit, qui a accordé un long entretien au Devoir plus tôt cette semaine.
Or, plusieurs étudiants qui entament ces jours-ci leurs études collégiales ont dû se contenter de leur deuxième choix de programme, voire d’établissement, le réseau collégial n’arrivant pas à répondre à la demande croissante. Les prévisions ministérielles font état d’une hausse d’environ 4 % des cégépiens de la province, dont le nombre dépasserait ainsi les 210 000. Une hausse qui s’ajoute à celle de 10 % en deux ans notée précédemment, le tout au moment où 65 % des bâtiments collégiaux de la province — selon des données gouvernementales qui n’ont pas été mises à jour depuis 2024 — seraient en mauvais ou en très mauvais état.
C’est dans ce contexte que l’École nationale d’aéronautique, affiliée au cégep Édouard-Montpetit, a dû, « pour la première fois » de son histoire, « refuser des étudiants cette année », a confié Mme Montpetit. Une situation qu’elle trouve bien désolante, puisque des milliers de travailleurs en aérospatiale supplémentaires seront requis dans les prochaines années pour répondre aux besoins de la province.
« Si on veut être en mesure de répondre à nos besoins collectifs, bien il faut se donner les moyens de nos ambitions », soutient ainsi l’ex-élue libérale.
Elle demande donc aux partis politiques qui tenteront de séduire l’électorat québécois dans les prochaines semaines de s’engager à « adopter des changements législatifs pour garantir la pérennité des infrastructures de tout le réseau public de l’éducation ». Concrètement, elle estime qu’il devrait être prévu d’emblée que le budget provincial alloue un pourcentage des investissements destinés à ce réseau à l’entretien de ses bâtiments vieillissants.
Actuellement, s’il est vrai que des investissements ont été faits par Québec pour rénover ces immeubles, les sommes « sont très loin d’être à la hauteur des besoins », comme en témoigne entre autres la fermeture récente d’un autre pavillon du cégep de Saint-Laurent, à Montréal, a poursuivi Mme Montpetit.
Des programmes à risque
D’ailleurs, pendant que des cégeps débordent, d’autres, surtout en région, risquent de devoir fermer des programmes. Une situation liée à la chute du nombre d’étudiants internationaux, qui ont permis dans les dernières années aux classes de certaines formations d’accueillir suffisamment d’élèves pour justifier le maintien de celles-ci. Or, si certains programmes n’arrivent pas cette année à conserver un seuil minimal d’élèves, leur fermeture sera inévitable, a prévenu Mme Montpetit.
« Si on veut être en mesure de répondre à nos besoins collectifs, bien il faut se donner les moyens de nos ambitions. »
- Marie Montpetit
Plusieurs de ces programmes répondent pourtant à des besoins précis, relève celle qui a d’ailleurs fait du rôle que jouent les cégeps dans la lutte contre la pénurie de main-d’œuvre son principal argument de vente auprès du milieu politique.
« La conversation qui va se faire sur le plan des défis du Québec, elle ne peut pas se faire sans parler des cégeps, qui permettent de former la future main-d’œuvre dont on a besoin, particulièrement dans les secteurs stratégiques », relève Mme Montpetit. Elle cite à cet égard les milliers de diplômés dans le secteur de la santé qui sortent chaque année des cégeps de la province, mais aussi ceux qui s’y forment en génie mécanique ou électrique, notamment.
Autant de diplômés qui soutiennent notre réseau hospitalier, mais aussi les entreprises de la province. Ces dernières bénéficient des innovations faites dans les centres collégiaux de transfert de technologie et de pratiques sociales, qui leur permettent notamment d’augmenter leur productivité et de s’adapter à la montée de l’intelligence artificielle.
Un pôle culturel et sportif
Dans certaines villes, les cégeps représentent d’ailleurs les seuls bâtiments disposant d’une piscine et d’une salle de spectacle accessibles au grand public. Ce qui fait de ces établissements des pôles culturels et sportifs importants, qui sont menacés par le manque de financement accordé à leur entretien. La piscine du cégep de La Pocatière — la seule piscine intérieure entre Montmagny et Rivière-du-Loup, deux villes situées à 130 kilomètres l’une de l’autre — est, par exemple, fermée temporairement depuis le printemps 2023, au grand désarroi des nombreux résidents qui attendent impatiemment que la réfection de celle-ci, entamée cette année, soit terminée.
« La conversation qui va se faire sur le plan des défis du Québec, elle ne peut pas se faire sans parler des cégeps, qui permettent de former la future main-d’œuvre dont on a besoin, particulièrement dans les secteurs stratégiques. »
- Marie Montpetit
C’est dans ce contexte que la Fédération des cégeps réclame, dans la liste d’engagements remise aux partis politiques, un « réinvestissement massif » assurant la préservation des installations et l’ajout d’infrastructures « de qualité » dans les établissements collégiaux de la province.
« La main tendue ou le message qu’on envoie aux partis politiques, c’est : prenez parti pour les cégeps, puis parlez-nous des cégeps dans votre vision du Québec », précise Marie Montpetit. Elle appelle ainsi les partis à être « aussi ambitieux qu’on l’a été » au moment de la création des cégeps, en 1967.


