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Noûs: enseigner la pensée critique pour lutter contre la désinformation

Deux enseignants de philosophie du Cégep de Granby ont créé une approche pédagogique novatrice pour enseigner la pensée critique par la création de contenu médiatique fiable. Le projet Noûs regroupe aujourd’hui une communauté de pratique dédiée à la lutte contre la désinformation.

Élise Prioleau

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Les jeunes sont aujourd’hui exposés à une surabondance médiatique, tout en étant souvent très peu outillés pour distinguer les contenus fiables de ceux qui ne le sont pas. En 2022, Jean-François Dubé et Mélissa Caron, enseignants de philosophie, ont eu l’idée de faire du premier cours de philo une occasion d’enseigner les habiletés de la pensée à travers une approche qu’ils nomment le « journalisme numérique collaboratif ».

« On a voulu créer un contenu nouveau pour le cours Philosophie et rationalité qui nous permettait d’atteindre les objectifs du ministère tout en étant basé sur des thèmes qu’on retrouve dans l’actualité », explique Jean-François Dubé.

Les étudiant-e-s vont partir de contenus qu’ils consomment eux-mêmes, le plus souvent sur les réseaux sociaux. Par la suite, ils vont analyser les arguments de ces personnes créatrices de contenus à l’aide des habiletés de la pensée et des critères de rationalité enseignés dans le cours.Mélissa Caron, enseignante de philosophie au Cégep de Granby

Des activités pédagogiques centrées sur des thèmes actuels

Concrètement, une des activités du cours consiste en ce que les enseignants appellent l’analyse de rationalité. « Il s’agit d’une vérification des faits dans les articles journalistiques publiés. Les étudiant-e-s vont partir de contenus qu’ils consomment eux-mêmes, le plus souvent sur les réseaux sociaux. Par la suite, ils vont analyser les arguments de ces personnes créatrices de contenus à l’aide des habiletés de la pensée et des critères de rationalité enseignés dans le cours », décrit Mélissa Caron.

En plus d’analyser des contenus médiatiques, les étudiants sont outillés en vue de produire leur propre contenu journalistique sous forme d’éditorial. « Les étudiant-e-s partent d’une thématique qui les intéresse, ils se posent une question philosophique sur cette problématique-là. Pendant quatre périodes de cours, ils vont préparer leur éditorial », ajoute l’enseignante.

L’évaluation finale du cours a été pensée par les deux enseignants pour qu’elle soit « la plus authentique possible et utile par la suite dans la vie des jeunes », comme le souligne Mélissa Caron. « On a décidé de faire une évaluation orale. On expérimente cette session-ci des dialogues en communauté de recherche de six personnes étudiantes qui devront traiter une question philosophique à l’aide des habiletés de la pensée apprises pendant le cours. »

« Le projet s’est inspiré dès le départ de ce que l’intelligence collective demande pour fonctionner : une communauté diversifiée.

Une communauté de pratique diversifiée

Le projet Noûs, c’est bien plus qu’une approche pédagogique qui permet aux étudiants d’identifier le contenu fiable dans les médias et d’y contribuer. C’est aussi une communauté de pratique multidisciplinaire dédiée à la lutte contre la désinformation.

Le projet Noûs – qui signifie en grec ancien l’esprit, la raison, l’intellect – souhaite miser également sur le « nous », la collaboration entre différentes personnes qui soutiennent cette approche. L’équipe actuelle comprend des professeurs de philosophie au collégial issus de quatre cégeps, des journalistes – dont certains ont fait des présentations en classe, – des bibliothécaires ainsi que des chercheurs universitaires.

Le projet s’est inspiré dès le départ de ce que l’intelligence collective demande pour fonctionner : une communauté diversifiée.Jean-François Dubé, enseignant de philosophie au Cégep de Granby

Dans le réseau, il y a plusieurs enseignant-e-s qui travaillent ensemble pour se répartir la tâche, pour aller chercher des études de cas et réviser les analyses produites par les étudiant-e-s. Les étudiants aussi rejoignent la communauté de pratique, par exemple en se révisant entre eux, cela permet de produire des analyses de contenu plus fiables », remarque Jean-François Dubé.

Les habiletés de la pensée, des compétences citoyennes

Au département de philosophie du Cégep de Granby, le projet Noûs a été créé dans la foulée de l’adoption d’une approche pédagogique commune axée sur les habiletés de la pensée. Une approche qui a contribué à faire passer le taux de réussite au premier cours de philo de 67% à 94% en cinq ans.

En 2021-2022, un cahier des habiletés avait été produit à l’usage des enseignants. Un document dans lequel sont schématisées et détaillées les différentes habiletés de la pensée que doivent acquérir les étudiants dans leur parcours de philosophie. « Élaborer une problématique pertinente sur une question », « formuler une thèse et présenter judicieusement des arguments » et « rédiger un texte argumentatif » en font partie.

« Les habiletés de la pensée sont utiles pour lutter contre la désinformation, mais aussi pour développer un jugement professionnel éclairé. Ce sont des compétences qui sont transférables dans tous les domaines », souligne Jean-François Dubé.

En ce sens, le projet Noûs rejoint la mission première de la formation générale au cégep. « Le projet Noûs permet de former des citoyens éclairés, peu importe la profession que les étudiants exerceront », conclut Chantale Tremblay, directrice adjointe à la direction des études au Cégep de Granby.

Pour aller plus loin

Pour rejoindre la communauté de pratique du projet Noûs, rendez-vous sur le site de l'Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC). 

CoP - La philosophie, aujourd'hui

 





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