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Le mirage de la gratuité
29 mars 2022-Les anniversaires réveillent les souvenirs engourdis. Pour certains, les dix ans du Printemps érable, c'est replonger dans la fougue et les idéaux d'une jeunesse mobilisée ; pour d'autres, c'est le rappel d'un clivage social douloureux et du maintien de la ligne dure — politique et policière — sur le combat des étudiants.
Éditorial du Devoir - Marie-Andrée Chouinard -
29 mars 2022-Les anniversaires réveillent les souvenirs engourdis. Pour certains, les dix ans du Printemps érable, c'est replonger dans la fougue et les idéaux d'une jeunesse mobilisée ; pour d'autres, c'est le rappel d'un clivage social douloureux et du maintien de la ligne dure — politique et policière — sur le combat des étudiants. La clameur de 2012 s'est muée en un chant social, avec concert de casseroles comme orchestre. Elle prônait le gel et la gratuité. Elle luttait contre une hausse exacerbée des droits de scolarité. Elle s'est finalement accommodée d'une indexation annuelle. Franchement, cette formule choisie par le Québec est encore la meilleure.
Le Québec compte son lot de grèves étudiantes menées au nom d'une meilleure accessibilité, son corollaire argumentaire étant souvent le gel ou l'abolition des droits de scolarité. La première de ces grèves se serait jouée en 1958, et prônait un accès plus équitable à l'université. La dernière s'est achevée la semaine dernière, et portait sur une triade de revendications : la transition écologique, la rémunération des stages universitaires et la gratuité scolaire. Le 22 mars dernier, 10 ans jour pour jour après la vague rouge ayant réuni à Montréal quelque 200 000 personnes serpentant dans les rues, 2000 manifestants ont dépoussiéré le carré rouge et levé le poing.
L'idée de la gratuité scolaire refleurit invariablement, au gré des mouvements étudiants et des cycles économiques. Dans l'absolu, elle n'a rien de vilain et relève d'un choix politique qu'il faut ensuite assumer — avec la facture qui l'accompagne. La grande opération de démocratisation de l'éducation tenue au Québec dans les années 1960, qui a donné lieu au rapport Parent, l'avait bel et bien préconisée. Gratuité à l'université, et d'ici là, période transitoire de gel des droits. Les combats étudiants des dernières années ont porté en boucle sur le gel des droits ; la revendication de la gratuité totale n'a jamais fait l'unanimité, même chez les groupes étudiants, y compris en 2012.


